Nouvelle historique

La chausse d'Aymeri

 

       Alors l'assaut fut donné.  Quand le son des trompettes retenti, brisant ainsi le silence solennel des soldats, il sentit un liquide chaud couler le long de sa jambe . Terrorisé, il se mit à courir le plus vite possible, à la suite de ses compagnons. Bien sur, s'il avait eut le temps de réfléchir à ce qu'il faisait, il se serait rendu compte qu'il était stupide de consommer toutes ses forces dans la course alors que des combats l'attendaient. Aymeri était un jeune serviens, engagé au service de son royaume depuis le décès accidentel de ses parents. A leur disparition, il n'avait trouvé de réconfort que dans l'armée française. Il avait alors beaucoup appris du Roi Philippe Auguste, pour qui il portait désormais une grande admiration. Trois jours auparavant, les soldats étaient arrivés à Bouvines. Aymeri avait donc reçu sa première formation au combat. Bien que très courte, il se sentait pousser des ailes à chaque entraînement. Toute la soirée qui avait précédé la bataille, il avait imaginé avec angoisse et excitation tout ce qu'il allait découvrir. Enfin, il serait un vrai soldat.

 

    La distance qui séparait les deux armées diminuait de seconde en seconde. Toutes les armes étaient sorties maintenant.  Et toutes les prières étaient dites. Aymeri était terriblement effrayé. Mais il pensa soudain qu'il était trop tard pour se dérober. Il devrait être fort. Son voisin de gauche lui offrit un sourire inquiet, pour tenter de le rassurer. Le jeune garçon n'en  tira pas moins de réconfort que de peur.  Les siens poussaient des cris de guerre, tandis que les anglais, flamands et germaniques fonçaient droit sur eux. Le choc serait imminent et peut-être Aymeri n'y survivrait-il pas. Et quand finalement les deux lignes se rencontrèrent...

 

    Aymeri n'avait qu'une très vague idée de ce qui se passait. La confusion était terrifiante, et le bruit assourdissant. Une épée fondit violemment sur lui et il eut tout juste le temps de l'esquiver. Il se cogna contre l'armure d'un compagnon, et virevolta, son arme d'hast entre les mains. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il devait faire. Il agita furieusement son arme dans tous les sens, comme se battant contre les vents. Et puis il reçu le premier coup. La douleur lancinante, l'odeur et la chaleur du sang. A peine avait-il eut le temps d'apercevoir le visage de son ennemi, qu'il s'était retrouvé blessé. Si Aymeri ne savait pas encore où, il était certain d'avoir touché le flamand. Il avait poussé un cri de douleur au moment où son épée plongeait dans l'épaule du petit français. Ce dernier, qui rappelons-le, bataillait bravement contre les vents, avait accidentellement touché un sergent flamand. L'ennemi avait une carrure plutôt impressionnante, et criait sans arrêt des choses aussi incompréhensibles que terrifiantes. L'homme était vêtu d'un gambisson avec un haubergeon. Autre avantage sur Aymeri, il possédait un grand bouclier, sanglé autour de son avant bras, et une longue épée que le coutelas d'Aymeri ne pouvait concurrencer.

   Il fallut quelques secondes aux adversaires avant qu'un autre coup soit donné. Aymeri frissonna. Quelques minutes plus tôt, il s'était demandé comment il s'y prendrait pour enfoncer une lame dans la chaire d'un autre homme. Il n'avait encore jamais blessé personne. Mis à part le mauvais joueur. Quelques semaines plus tôt, il avait gagné au tric trac contre un soldat plutôt vaniteux . L'autre, qui était convaincu qu'il ne perdrait pas son argent se mit dans une colère folle. Et la partie dégénéra un peu... Mais revenons-en au combat.

 

     Quand Aymeri vit le flamand se jeter sur lui pour la seconde fois, l'épée brandie, il n'eut qu'un seul réflexe. La tête dans les épaules, il tendit son arme d'hast devant lui. Ses jointures étaient tellement serrées sur le manche de son arme qu'il aurait été impossible de lui arracher des mains. La minute qui suivit dura une éternité pour le petit français. Le sergent était littéralement venu s'effondrer sur sa fourche. Tête baissée, les mains toujours autant agrippées à son arme, Aymeri sentit sa gorge se nouer. Un flot de sang se déversa sur ses épaules, et les bruits d'agonie du flamand parvenaient distinctement à ses oreilles, malgré le tumulte environnant.

     Il y eut tout d'abord le frêle sourire, venu souligner sa première victoire; très vite suivit par l'épouvante. Il venait de tuer un homme, et celui-ci agonisait devant lui. Aymeri ne pouvait pas rester là. Il restait encore nombre d'ennemis à éliminer pour défendre son royaume, et l'honneur du roi Philippe Auguste. Il n'eut cependant pas le courage de récupérer sa fourche en la voyant plantée dans le cou de l'ennemi. Il tenta donc de se relever à la recherche d'un autre adversaire. Mais il tenta seulement.

 

     A quelques mètres de lui, un homme venait de s'immobiliser. Il remonta sa  hache sur son épaule, et esquiva la lance d'un soldat. Quand il avait vu le sergent tomber, il avait immédiatement eu le désir de vengeance. Ses amis tombaient rarement sans qu'il ne les venge après. L'homme avait une trentaine d'années. Il avança d'un air décidé, sans prêter attention aux corps qu'il enjambait. Son visage était presque entièrement caché sous une barbe drue et son regard perçant ne quitta pas une seule seconde le petit français qui venait d'abattre son ami. Il remit sa cervelière bien en place avant de prendre son élan.

     Aymeri se débattait comme il le pouvait. San jambe était coincée, sous le corps du sergent, et il ne parvenait pas à s'en libérer. Il eut tout juste le temps de se retourner pour apercevoir un autre barbare qui courait vers lui.

    Puis l'affolement. Les mains tremblantes cherchant désespérément le coutelas, à quelques centimètres d'elles. Le regard furtif entre la menace et le coutelas. Et enfin, le souffle court devant la masse métallique.

 

Le soleil était presque à son zénith maintenant. Et l'armée du Roi Philippe Auguste s'en sortirait bientôt, très bientôt, vainqueur...

Par Melle Bachiri Sara

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