La tunique, la cotte, le bliaud ...

La tunique est le vêtement du dessus, le vêtement extérieur, ce qui signifie qu'elle se porte au-dessus de la chemise. Les tuniques sont très diversifiées, tant dans la forme que dans les décorations ou encore les tissus utilisés. En effet la tunique est un élément majeur lorsque l'on veut affi25-bis.jpgcher sa richesse et cela depuis tous temps ! Un personnage riche n'aura pas le même vêtement qu'un homme ayant peu de revenu, ce qui est logique. Donc même si à première vue les tuniques sur la période charnière qui va de 1170 à 1210 ne semblent pas montrer de grandes différences, en s'intéressant de plus près au sujet on découvre qu'il existe un vrai panel concernant ce type de vêtement.

De plus lorsque l'on s'intéresse aux sources textuelles on découvre un lexique différent pour parler du même vêtement, ce qui est courant pendant la période médiévale. Le même mot peut même avoir plusieurs orthographes parfois très différentes. Concernant la tunique on retrouve dans les textes de la fin du 12ème siècle les termes de bliaut et de cote. Cependant ces deux termes ont l’air de s’opposer. La question que l’on peut se poser ici c’est pourquoi utiliser deux termes pour parler d'un même vêtement ? Quel sont les différences entre les deux, s’il y en a ?

Une première hypothèse permettant de comprendre cette différence serait que la cote ou le bliaut sont différents dans leur forme. Notamment on peut remarquer que le bliaut est utilisé lorsque l’on parle de personnages royaux, nobles et riches tandis que la cote est utilisée pour les hommes du peuple, de basse et moyenne condition. Mais d’après les textes de la fin du 12ème siècle, la cote est également utilisée par les personnages riches, fabriquée dans des tissus riches : « Sa cote fu d’un riche drap de soie tote coloree » (Perceval de Chrétien de Troyes, 1181). La différence entre les deux serait éventuellement due à la coupe, la cote sera sans doute plutôt courte tandis que le bliaut sera plutôt long. En effet si on recoupe les sources textuelles avec les sources iconographiques, on remarque que les personnages importants ou riches sont représentés avec une tunique longue, arrivant aux mollets ou aux pieds, ce qui pourrait correspondre au bliaut cité dans les textes. De même pour le reste de la population, notamment le travailleur, qui est toujours représenté en vêtement court arrivant aux genoux. Le bliaut semblerait donc avoir un rôle purement esthétique, miroir de la richesse ou du pouvoir de l'homme qui le portait tandis que la cote à un rôle utilitaire, c'est-à-dire celui de permettre une aisance nécessaire et pratique, lors du travail notamment. C'est sans doute pour cette raison que l'on retrouve également mentionnée dans les textes l'utilisation de la cote chez les personnages riches :    « Li rois se lieve et si s'atorne, et por aller en la forest d'une corte cote se vest » (Érec de Chrétien de Troyes, 1170 ; ici le personnage royal revêt une cote pour aller chasser). Mais dans cet exemple pourquoi parler de "corte cote" si par définition la cote est courte ?

On peut considérer comme seconde hypothèse l'origine lexicale des deux mots. D'après E.R. Goddard dans Women's costume in french texts of eleventh and twelfth centuries, qui reprend d'ailleurs d'autres auteurs comme M. Lexer, bliaut signifierait à la base un tissu provenant d'Orient fait de soie avec des fils d'or. Le tissu aurait par la suite donné son nom au vêtement fait dans cette matière. C'est pourquoi on retrouverait ce terme utilisé chez les personnages riches et importants car c'est un tissu composé d'or et importé ce qui signifie qu'il devait coûter extrêmement cher. Toujours selon E.R. Goddard le bliaut correspondra également par la suite à un vêtement fait dans d'autres matières comme le pourpre, le samit ou encore le siglaton qui sont d'autres soieries. On retrouve d’ailleurs cette évolution dans les textes : «bliauz de diverses colors et dras de soie a or batuz » (Perceval de Chrétien de Troyes, 1181). On peut donc supposer que la cote signifie un vêtement fait dans d’autres matériaux que la soie comme la laine par exemple. Si on reprend l’exemple du roi partant à la chasse, la cote peut être un vêtement fait dans un tissu moins précieux que la soie étant donné qu’il part en forêt pour une activité salissante. Si l’on suit donc cette hypothèse la cote serait donc très répandue, car utilisée par toutes les classes, contrairement au bliaut.

La coupe typique de la tunique, d’après les pièces archéologiques, est composée d'un rectangle pour le corps, de deux rectangles pour les bras, de deux triangles d'aisances pour les bords du corps et de deux triangles d'aisances pour les bras. Cette coupe est inspirée de la tunique de Moselund, datée de 1045-1155 et découvert au Danemark (voir figure en haut du texte) dont la coupe est plus complexe, et de la tunique de Saint-François d'Assise, datée entre 1155 et 1225 et qui se trouve en Italie. Elle permet d'avoir une tunique relativement ample au buste et qui devient de plus en plus ample en direction du bas. L'encolure de la tunique peut être de différente forme. La plus courante est l'encolure ronde, qui comporte ou non un amigaut c’est-à-dire une fente sur le côté avant du col. On trouve par la suite d'autres formes comme les cols carrés, en losange ou en V.

D’un point de vue iconographique on peut remarquer trois types de tunique. Premièrement la tunique la plus courante est la tunique reprenant la coupe du ci-dessus et qui s’arrête au niveau des genoux. Ce genre de tunique correspondrait à la cote nommée dans les textes. Elle ne dépasse pas le haut du genou et est portéarnstein-passional-allemagne-1170-1180-11.jpge par toutes les classes sociales majoritairement par les personnes du peuple mais aussi par les riches. On peut d’ailleurs remarquer que vers les années 1180-1190 dans la région du Rhin, la cote chez les riches est très en vogue. Ainsi on trouve des tuniques courtes mais extrêmement décorées, avec des galons de tissus brodés aux manches, au col, au bas de la tunique mais également, une mode typiquement germanique, aux biceps et sur le torse. Pour les paysans les pans de la tunique, qui est courte, peuvent être remontés et coincés à la ceinture pour faciliter le travail dans les champs. La cote semble pouvoir être fendue sur le devant ou sur les côtés mais cela reste extrêmement rare en comparaison aux tuniques non-fendues. Les manches peuvent être ajustées, un exemple plus tardif de la cathédrale de Chartres montre un laçage aux poignets et certaines sources nous le laisse imaginer (voir figure : Arnstein Passional, Allemagne, 1170-1180). Les manches peuvent être également larges, permettant de les retrousser pour le travail par exemple mais d’après les statuaires et les enluminures, les manches ajustées sont beaucoup plus courantes que les manches amples. La ceinture est toujours cachée sous les plis de la tunique, sauf quelques rares exemples, ne laissant ainsi voir aucune partie de la ceinture. Au niveau des décorations le col, les poignets et le bas de la tunique peuvent être décorés par un galon en tissus, brodé ou non, ou tissé, ou peuvent être directement brodés. La tunique peut être entièrement brodée par des motifs simples comme par exemple trois points formant un triangle ou des motifs floraux simplifiés.

Le second type de tunique reprend la même coupe que précédemment. Toutefois elle est plus longue que celle-ci puisque qu’elle arrive au niveau des tibias et des pieds. Ce type de tunique correspondrait au bliaut cité dans les textes. Le bliaud est uniquement réservé aux riches et aux nobles car la longueur dans la mode médiévale est signe de richesse. Le mot bliaut aurait d’ailleurs pour origine un tissu de soie à fils d’or ce qui confirme l’utilisation exclusive de ce vêtement chez les personnages riches. D’après les sources iconographiques les manches sont toujours ajustées, ce qui peut également être sans doute considéré comme un signe de richesse. Comme la cote la ceinture est cachée sous les plis de la tunique grâce à son ampleur. On trouve les mêmes décorations que sur la cote sauf que le bliaut sera volontiers plus ornementé car c’est un vêtement de luxe. De plus pour les personnages très riches il peut être doublé de fourrure très recherchée à l’époque comme l’hermine ou le vair : « Ses mantiax fu, et ses bliauz, d'une porpre noire, estelee de vair, et n'ert mie pelee la pane qui d'ermine fu. » (Perceval de Chrétien de Troyes, 1181)

Un autre type de tunique est la tunique de cavalier pour les personnages riches que l'on trouve déjà au début du 12ème siècle. Il reprend Anbetung-der-Heiligen-Drei-Konige-Laon-1195-1.jpgla coupe du bliaut mais est fendu sur le devant et l'arrière, du bas du tunique jusqu'au bas ventre. Le tunique de cavalier part des pieds ou des mollets, les manches sont quant à elles ajustées au poignet. L'encolure comporte un amigaut, c'est-à-dire une fente, sur le devant sur plusieurs centimètres et qui est fermé par un fermail. Le col peut être décoré par un galon en tissus brodé. Le tunique de cavalier lorsqu'elle est portée laisse voir la ceinture ainsi que la boucle contrairement aux tuniques classiques (voir figure: Statuaire, Laon, 1195-1205).

Mode courante pendant le siècle, comme pour la chemise, est la mode des manches plissées c'est-à-dire la présence de plis au niveau des poignets ou de l'avant-bras. Cet effet est sans doute dû à des manches longues retroussées, et cintrées lorsqu'elles sont retroussées, ou même cet effet est sans doute dû à des plis cousus. Cependant cette mode est moins courante que pour les chemises mais reste tout même assez présente.

La tunique peut être en laine, lin, chanvre, ortie ou en soie et coton pour les personnages riches (le coton reste encore rare en Europe à cette époque). La laine est le tissu majoritairement utilisé pour le tunique, c'est le cas par exemple pour la tunique de Kragelund.

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